ponge-savonRares sont les écrits poétiques ou romanesque qui parle du savon. C’est pourquoi  je vous  livre un court  extrait extrêmement poétique du livre de Francis Ponge « Le savon » sur la relation qui nous lie à cette fausse pierre.

« Il n’est, dans la nature, rien de comparable au savon. Point de galet, de pierre aussi glissante, et dont la réaction entre vos doigts, si vous avez réussi à l’y maintenir en l’agaçant avec la dose d’eau convenable, soit une bave aussi volumineuse et nacrée, consiste en tant de grappes de pléthoriques bulles. Les raisins creux, les raisins parfumés du savon. Agglomérations. Il gobe l’air, gobe l’eau tout autour de vos doigts. Bien qu’il repose d’abord, inerte et amorphe dans une soucoupe, le pouvoir est aux mains du savon de rendre consentantes, complaisantes les nôtres à se servir de l’eau, à abuser de l’eau dans ses moindres détails. Et nous glissons ainsi des mots aux significations, avec une ivresse lucide, ou plutôt une effervescence, une irisée quoique lucide ébullition à froid, d’où nous sortons d’ailleurs les mains plus pures qu’avant le commencement de cet exercice.

Le savon est une sorte de pierre, mais pas naturelle : sensible, susceptible, compliquée.
Elle a une sorte de dignité particulière.
Loin de prendre plaisir à se faire rouler par les forces de la nature, elle leur glisse entre les doigts, y fond à vue d’œil, plutôt que de se laisser rouler unilatéralement par les eaux. »

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